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Filtrer, adoucir ou hydrogéner l'eau : ce que chacun retire

Magazine 8 min de lecture
Adoucisseur à résine et porte-cartouche de filtre montés côte à côte sur une arrivée d'eau en cuivre

Trois appareils vendus côte à côte sur les mêmes pages, et un seul retire le calcaire. Le filtre arrête ce qui flotte dans l’eau, du grain de sable à l’éclat de rouille, et laisse passer tout ce qui y est dissous. L’adoucisseur ne filtre rien du tout : il échange le calcium et le magnésium contre du sodium, ion pour ion, sur une résine. L’hydrogénateur, lui, n’enlève strictement rien ; il ajoute un gaz dissous et rend l’eau identique à ce qu’elle était pour tout le reste.

Le critère qui tranche vient donc avant le prix et avant la marque : faut-il retirer quelque chose de l’eau, et quelle taille fait ce quelque chose. En dessous du micron, aucun tamis n’attrape plus rien. Le calcaire est très en dessous.

Ce que chaque appareil retire, ajoute, ou laisse passer

Les trois familles se lisent sur trois colonnes : ce qu’elles enlèvent, ce qu’elles ajoutent, ce qu’elles ne touchent pas. La troisième ne figure sur aucune plaquette commerciale. C’est celle qui évite d’acheter le mauvais appareil.

AppareilCe qu’il retireCe qu’il ajouteCe qu’il ne touche pas
Filtre à sédimentsparticules de 1 à 25 microns : sable, oxydes, fines de chantierriencalcaire, chlore, goût
Filtre à charbon actifchlore, goût et odeur, une partie des pesticidesriendureté, particules déjà passées
Osmoseur sous évier90 à 98 % des sels dissous, calcium comprisrienl’eau des autres robinets de la maison
Adoucisseur à résinecalcium et magnésium, sur toute l’installation4,6 mg de sodium par litre et par °f retiréchlore, goût, particules, nitrates
Hydrogénateurrien0,8 à 1,2 mg de dihydrogène par litretout : la composition de l’eau ne change pas

Les trois partagent une limite. Aucun ne rend potable une eau qui ne l’est pas : l’eau du réseau arrive déjà conforme au robinet, et ces appareils règlent un dépôt, un goût, un confort d’usage.

Le calcaire ne se filtre pas, il s’échange contre du sodium

La dureté se mesure en degrés français. Un degré, noté °f, correspond à 10 milligrammes de carbonate de calcium par litre. En dessous de 15 °f l’eau est douce, au-delà de 30 °f elle est franchement dure, et c’est à partir de ce seuil que la résistance du ballon s’entoure d’une croûte, que la robinetterie blanchit et que le linge sort rêche même bien lavé. Le gris terne qui s’installe sur les draps a d’ailleurs souvent cette cause plutôt qu’un défaut de lessive, et c’est le premier point à vérifier avant de chercher à redonner du blanc à du linge jauni.

Le calcium et le magnésium sont dissous. Ils traversent une cartouche de 1 micron comme si elle n’existait pas, parce qu’ils sont mille fois plus petits que sa maille. D’où le principe de l’adoucisseur : l’eau traverse un lit de billes de résine chargées en sodium, chaque ion calcium capté libère deux ions sodium, et la dureté tombe. Le sel du bac ne part pas dans l’eau de boisson, il sert à recharger la résine une fois qu’elle est saturée.

L’échange a une contrepartie chiffrable. Chaque degré français retiré libère environ 4,6 mg de sodium par litre. Ramener une eau de 30 °f à 15 °f ajoute à peu près 69 mg de sodium au litre, à comparer à la référence de qualité de 200 mg/L. L’arrêté du 11 janvier 2007 fixe pour sa part une dureté de référence de 15 °f au minimum : une eau adoucie jusqu’à zéro devient agressive et attaque les canalisations, les soudures et les joints anciens. Un adoucisseur bien réglé laisse volontairement de la dureté. Celui qui affiche 0 °f est mal réglé, pas performant.

Reste à connaître son point de départ. La dureté figure sur l’analyse jointe une fois par an à la facture, et dans l’espace client du distributeur d’eau pour les communes qui la publient en ligne.

Un filtre se choisit par la taille de ce qu’il doit arrêter

Le mot « filtre » recouvre trois technologies qui n’arrêtent pas les mêmes choses.

La cartouche à sédiments est un tamis, vendu en 25, 10, 5 ou 1 micron. Elle retient le sable, les particules d’oxyde arrachées à une conduite, les fines de chantier après une coupure d’eau. Elle ne change ni le goût, ni la dureté, ni le chlore.

Le charbon actif ne tamise pas, il adsorbe : les molécules se fixent à la surface poreuse du grain. Son terrain, c’est le chlore, le goût et l’odeur qui l’accompagnent, une partie des pesticides et des résidus organiques. C’est lui qui fait tomber le goût de piscine après une chloration renforcée du réseau. Sur le calcaire, il ne peut rien.

L’osmose inverse est la seule filtration qui touche vraiment aux sels dissous : la membrane retient 90 à 98 % d’entre eux, calcium compris. C’est aussi la plus coûteuse en eau. Selon la pression du réseau et la présence ou non d’une pompe, un osmoseur domestique rejette 1 à 3 litres à l’égout pour un litre produit, parfois davantage sur les modèles d’entrée de gamme. Et il traite un robinet, pas une maison : personne n’osmose l’eau d’une douche.

Une cartouche saturée devient un problème plutôt qu’une solution. Le charbon relargue ce qu’il a fixé, le sédiment se colmate et fait chuter la pression. La date de remplacement compte autant que la finesse choisie.

Hydrogéner l’eau, c’est ajouter un gaz, pas traiter l’eau

Un hydrogénateur est une cellule d’électrolyse. Le courant dissocie la molécule d’eau, une membrane sépare les deux gaz produits, le dioxygène part à l’extérieur et le dihydrogène se dissout dans le contenant. Les fiches techniques des générateurs portables, rassemblées sur Gourde Hydrogène, donnent modèle par modèle la durée du cycle et la concentration annoncée, en général entre 0,8 et 1,2 mg par litre.

Ce plafond ne dépend pas de l’appareil. À 20 °C et sous une atmosphère, un litre d’eau ne dissout pas plus de 1,6 mg de dihydrogène, quelle que soit la cellule employée. Les modèles du commerce travaillent près de cette saturation, et aucun ne fera mieux sans monter en pression. Le gaz repart aussi vite qu’il est entré : un verre laissé ouvert se dégaze en quelques heures, ce qui explique la forme bouteille fermée de ces produits.

Sur la composition de l’eau, le bilan est nul. Le calcaire reste, le chlore aussi ; les nitrates, le plomb d’une vieille canalisation, les particules qui suivent une coupure d’eau, rien ne bouge. Une eau dure hydrogénée est une eau dure. Ce que le dihydrogène dissous produit ou non dans l’organisme est une autre question, qui ne se règle pas sur un plan de plomberie ; du point de vue de l’appareil, il n’y a ni tamis, ni résine, ni membrane de séparation des sels, et donc rien de retiré.

Chaque appareil se pose à un endroit différent du circuit

L’adoucisseur se monte sur l’arrivée générale, après le compteur et avant le ballon, avec une dérivation pour l’isoler et garder au moins un robinet en eau brute, pour la boisson et l’arrosage. Il lui faut un emplacement au sol, une prise et une évacuation, la même contrainte d’écoulement que celle qui complique le remplacement d’une baignoire par une douche.

Le filtre existe dans les deux positions. En porte-cartouche sur l’arrivée générale quand il s’agit de protéger toute l’installation des sédiments ; sous l’évier, sur une dérivation vers un robinet dédié, quand il s’agit du goût et de la boisson.

L’hydrogénateur ne se raccorde à rien. C’est une bouteille ou une carafe, remplie à la main, posée sur un plan de travail. Aucun des trois n’occupe la place d’un autre sur le circuit, et rien n’empêche techniquement d’en avoir deux.

Ce que chacun coûte à faire vivre

L’adoucisseur consomme en continu, les deux autres non. Il régénère 25 à 50 fois par an selon la dureté et la consommation du foyer, en utilisant 60 à 200 litres d’eau par cycle, et un ménage de quatre personnes sur une eau à 25 ou 30 °f brûle 100 à 150 kg de sel par an. Le niveau du bac se contrôle une fois par mois. Une régénération au moins hebdomadaire est recommandée, moins pour la dureté que pour l’hygiène de la résine, qui stagne quand elle ne travaille pas.

Le filtre coûte en cartouches, à des rythmes très différents selon l’étage : de l’ordre de six mois pour un sédiment, six à douze mois pour un charbon, deux à trois ans pour une membrane d’osmoseur. Rien à surveiller entre deux remplacements, sinon une pression qui baisse.

L’hydrogénateur n’a ni sel ni cartouche. Sa cellule s’entartre comme une résistance, et les notices prescrivent un détartrage périodique, d’autant plus fréquent que l’eau versée dedans est dure. C’est le seul appareil des trois dont l’entretien dépende d’un problème qu’il ne traite pas.

Qui prend quoi

Une eau au-dessus de 30 °f, un ballon qui s’entartre et de la robinetterie blanche. L’adoucisseur, sans hésiter. C’est le seul des trois qui agit sur toute la maison, et le calcaire est le défaut d’eau qui coûte en équipement plutôt qu’en confort : un ballon entartré chauffe plus longtemps pour le même volume. Réglage à 15 °f de dureté résiduelle, pas en dessous.

Une eau déjà douce, mais un goût de chlore ou des particules après travaux. Un filtre, choisi selon ce qui gêne : charbon actif pour le goût, cartouche à sédiments pour ce qui se voit. Un adoucisseur n’y changerait rien, et ajouterait du sodium pour rien.

Aucun défaut d’eau à corriger. L’hydrogénateur relève d’un autre rayon. Il n’enlève rien, ne protège aucun équipement, et acheté pour régler du calcaire ou un goût de chlore, il déçoit à coup sûr. Comme complément de boisson, en connaissance de ce qu’il fait, c’est une décision cohérente ; comme traitement de l’eau, c’est une erreur de famille.